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Focus

Slug Christ, gourou sans religion

« Notre société est spirituellement retardée »

JUP, le 14 avril

À l’occasion de la réédition de son Encyclopaedia Supermundanae, le natif d’Atlanta s’est ouvert à nous sur les thèmes qui lui sont chers : la spiritualité, les terrariums et J. R. R. Tolkien.

Photographie : leavyel

Chaz Bell est un homme mystique. Sans doute est-ce là un reste de son éducation chez les évangélistes fondamentalistes, ou bien encore de sa nostalgie de la sérénité des paysages forestiers qui furent le décor de son enfance en périphérie d’Atlanta. Rebelle aux croyances familiales, le jeune Chaz aurait pu devenir un physicien méticuleux tant il aime disséquer le monde qui l’entoure et en questionner les principes. À la place, son imagination débridée et sa fascination du chaos l’ont tourné vers d’autres horizons. Dans sa dernière création, une encyclopédie fictive intitulée Encyclopaedia Supermundanae, il laisse libre cours à ses fantasmes créationnistes en imaginant la cosmologie d’un univers de fantasy dont les influences vont du Silmarillion à Dark Souls. Musicien, dessinateur, écrivain, Chaz ressemble à ces humanistes touche-à-tout de la Renaissance. Plus rabelaisien que calviniste, lui se définit avant tout comme un punk. Depuis ses premières gammes dans le mathcore, un sous-genre du métal expérimental, jusqu’à son intégration au sein du collectif Awful Records, celui qui s’est baptisé Slug Christ incarne les rapprochements entre rock et rap sur la dernière décennie, comme un chaînon manquant entre la trap minimaliste de Father et l’emo rap de la GothBoiClique. Rencontre avec l’un des plus curieux rejetons de la scène d’Atlanta.

SwampDiggers : Comment vont les choses pour toi dans ce contexte un peu spécial ?

Slug Christ : C’est difficile de répondre. En ce moment c’est un peu la merde pour tout le monde, mais j’essaye de relativiser. Je m’ennuie un peu, mais je vis avec ma petite amie, donc je ne suis pas seul en quarantaine. Si j’étais enfermé tout seul, je m’imagine totalement devenir fou, commencer des projets bizarres, du genre à jeter de la peinture sur les murs. Il y a du positif et du négatif. Les gens ont du temps pour se concentrer sur des projets créatifs. Mais dans l’ensemble, c’est une façon de vivre vraiment dingue.

SD : Le confinement est ambivalent pour les artistes, notamment les musiciens qui ne peuvent plus exercer leur métier, mais se trouvent parfois plus créatifs libérés des contraintes sociales.

SC : J’ai notamment écrit et illustré un livre que je n’aurais probablement pas pu finir si je n’étais pas confiné. Mais honnêtement, c’est difficile de trouver l’inspiration, quand on passe son temps à regarder la télé, à jouer à la Playstation ou à fixer un mur toute la journée. Il manque ces expériences qui permettent de prendre de la distance et trouver l’inspiration. Je fais de la musique ou je dessine tous les jours. Créer est la seule chose pour laquelle je suis doué. Donc je n’arrêterai probablement jamais de créer des trucs. Mais c’est plus difficile de trouver l’inspiration.

SD : Tu sembles être une personne qui aime être dans son propre monde. Mais visiblement le monde extérieur te manque aussi.

SC : Oui, c’est un élément très important. J’enregistre à la maison, je fais tout sur un home studio dans ma chambre. J’adorerais avoir un vrai studio, mais pour l’instant je fais tout chez moi. Je suis constamment dans mon espace de travail. Je n’ai jamais de temps pour en sortir, et vivre des expériences susceptibles d’inspirer un projet créatif. Tous les projets commencent par une réaction émotionnelle. Quand tu n’en as pas, ton travail est forcément moins bon.

SD : Tu as des exemples d’expériences qui t’ont inspiré par le passé ?

SC : Ça peut être tout et n’importe quoi… Ça peut être aussi banal que de marcher à travers la ville et de se perdre. En ce moment, tout ce que je fais c’est aller au supermarché et de revenir à la maison. Je ne suis jamais dans une situation où je vais avoir une expérience spontanée.

Slug Christ

SD : Tu vis à Los Angeles n’est-ce pas ?

SC : Oui. Je déteste.

SD : Vraiment ?

SC : Oui. Je viens du nord d’Atlanta. J’ai grandi au milieu de la forêt. Je suis vraiment un gars de la campagne. Il y a juste trop de béton ici. Pas assez d’arbres. C’est bizarre.

SD : Tu n’es pas venu à L.A. pour trouver l’inspiration justement ?

SC : Il y a beaucoup d’opportunités professionnelles ici. Si on n’était pas confinés, je pourrais donner un concert tous les weekends si j’en avais envie. Il y a aussi beaucoup de gens créatifs et cool, ce qui ouvre des possibilités de collaborations. Mais j’habite ici depuis plusieurs années maintenant. On a envie de changement avec ma petite amie.

SD : Parlons de ton parcours dans la musique. Je sais que tu en as déjà beaucoup parlé, mais tu as commencé dans le métal expérimental, avant de passer au rap. Comment tout cela est arrivé ?

SC : J’ai commencé comme vocaliste dans des groupes de métal, avec beaucoup de cris et de hurlements. C’était ma première incursion dans la musique. J’ai créé un tas de faux groupes d’un weekend quand j’avais 12 ans. Je forçais mes amis à se réunir et j’étais le seul à m’amuser parce que j’étais le seul à vraiment vouloir être dans un groupe. J’ai eu mon premier vrai groupe vers 14 ans, jusqu’à mes 20 ans. On faisait une sorte de grindcore / mathcore expérimental. Mais ce n’est pas comme si le métal était la seule musique qui m’intéressait étant petit. J’ai toujours aimé les autres styles de musique. J’ai eu quelques projets un peu plus indie rock, et en vivant dans le sud de la Géorgie, autour d’Atlanta, il y a forcément une osmose qui se crée avec la scène hip-hop. Le hip-hop a toujours été là. Je viens de la scène punk, et l’attitude punk a beaucoup dérivé du rock vers le hip-hop. Quand un type comme Waka Flocka est arrivé, j’ai vraiment accroché parce qu’au fond il fait des morceaux de métal. Lex Luger, au lieu de faire des « chugs » à la guitare [il mime une guitare électrique], il utilise la basse de la 808, c’est le même concept. Il compose des breakdowns de métal, mais avec un prisme trap. Le hip-hop a toujours eu cet ethos punk, déjà depuis les années 90. Je pense que ce même ethos a déjà beaucoup été exploré dans le rock. C’est une progression naturelle et organique qui nous a fait dévier du grindcore vers le hip-hop. On ne dirait pas, mais c’était le cas.

SD : Tu penses que les gens accordent encore de l’importance à cette distinction ?

SC : Je pense que de nos jours, à cause d’internet, les gens n’écoutent plus principalement un seul type de genre. La preuve, je suis un gars d’Atlanta qui vit à Los Angeles, en train d’avoir une conversation avec toi, qui est en France. Beaucoup de murs sont tombés à cause de cela. Si nous étions nés avant l’avènement d’Internet, notre écoute serais probablement beaucoup plus cloisonnée.

SD : Tu as commencé à rapper quand tu as rencontré Father et la clique d’Awful Records ?

SC : En fait je les ai rencontré avant de rapper, quand j’étais encore dans mon groupe de grindcore. Par contre, je produisais déjà beaucoup de beats à l’époque. On se fréquentait à travers la scène musicale d’Atlanta, on faisait des concerts ensemble. Je me souviens d’une fête d’Halloween où Father et Ethereal étaient présents. On a joué ensemble. C’était avant Awful Records. C’est là que je les ai rencontré parce qu’ils étaient les seuls à Atlanta à l’époque à faire de la musique hip-hop bizarre. Tout ce que je fais a toujours une touche expérimentale, c’est comme ça que je fonctionne, donc je voulais traîner avec eux parce qu’ils étaient les seuls à faire ce genre de trap expérimentale. Quand mon groupe s’est séparé, j’ai commencé à poursuivre des projets musicaux en solo. Je faisais des prods que j’envoyais à des rappeurs de seconde zone, et quand je les entendais je sentais que je pouvais faire tellement mieux, même sans avoir jamais rappé. J’ai juste commencé à le faire. Ma première mixtape était vraiment merdique, mais je me suis améliorée au fil du temps.

SD : C’est important pour toi d’être un bon rappeur ?

SC : Tu veux dire techniquement bon ? Genre Tech N9ne ? Je respecte complètement, mais ça ne m’intéresse pas d’un point de vue créatif. Je réagis plus à l’émotionnel qu’aux choses plus intelligentes et bien conçues. C’est comme comparer une peinture de Rembrandt ou de De Vinci, ou de quelqu’un qui essaie de recréer le monde tel qu’il est, à du Picasso, ou du Jackson Pollock, quelque chose qui ne représente rien. Je réponds plus à l’abstrait. Pourtant dans mon groupe, mon guitariste faisait tout le temps des [il mime un solo de guitare très rapide]. Je respecte vraiment les gens techniquement compétents, quel que soit le métier, mais je préfère clairement jeter ma peinture sur la toile.

SD : Tu te sens marginal, dans le rap ou dans la vie ? Ou au contraire, tu as le sentiment de participer à un mouvement ?

SC : Un peu des deux. J’ai l’impression que tous les membres d’Awful Records étaient des marginaux à leur manière. Beaucoup de musiciens peuvent avoir cette énergie de solitaire, mais c’est aussi ce qui nous unit, comme un lien commun. Donc je dirais que, oui, je me sens un peu marginal. Mais même quand tu es marginal, il y a toujours d’autres personnes cheloues avec qui tu peux te lier, et avec qui créer ta propre société bizarre.

SD : Tu fais toujours partie d’Awful Records ?

SC : Oui. Quand on a commencé, Awful Records n’était même pas un label. C’était plus une sorte de collectif. Donc j’en ferai toujours partie, même si la situation a changé et que je n’ai pas de contrat avec eux. Ce sont mes potes, on se parle tout le temps.

SD : Je voulais aborder un sujet plus triste. Il y a quelques jours, l’album posthume de 6 Dogs est sorti. Il disait que tu étais son artiste préféré. Quelle était votre relation ?

SC : Quand il a commencé à percer, on échangeait très souvent sur FaceTime. Il me parlait de toutes ses idées folles et il était vraiment cool. Je sais qu’il avait beaucoup de problèmes personnels, et je pense que c’est pour ça qu’il s’est reconnu en moi, parce que ma famille aussi était super chrétienne, des fondamentalistes du Sud. Pour moi, en grandissant, ça a toujours été un point de discorde. J’étais ce gamin punk qui se battait constamment avec sa mère à propos de Jésus et toutes ces conneries. Il avait le même background. Il était beaucoup plus jeune que moi, quand il avait 17 ans j’en avais 25, donc je pense qu’il me considérait comme un... Il aimait beaucoup ma musique. Il s’est juste reconnu en moi. Mais je ne connais pas tous les détails, même si c’est une tragédie dont on pouvait percevoir certains signes ici ou là. On s’est moins parlé ces deux dernières années, par rapport à l’époque où il m’appelait presque une fois par semaine. Il était probablement très occupé. Il était vraiment en train de tout péter.

SD : Tu penses quoi du fait que la musique actuelle tourne beaucoup autour de la dépression, même la pop mainstream ?

SC : Ça aussi, c’est en grande partie à cause d’Internet. On est tous connectés, mais en même temps on est tous dans nos petites boîtes, coupés les uns des autres. Tu ne peux pas sentir la chaleur corporelle à travers un écran. Il y a comme une énorme déconnexion, et j’ai l’impression que beaucoup de gens sont aujourd’hui dans ce que j’appellerais une misère spirituelle. Pour le dire autrement, je pense que notre société est spirituellement retardée. Cela peut sembler stupide, mais je pense que la religion traditionnelle a détruit la véritable spiritualité. Il ne s’agit pas d’un tas de règles, ou de faire les choses d’une certaine manière, il s’agit de se connecter à quelque chose de plus élevé que soi. Par exemple, il n’y a plus de chamans dans notre société. À l’époque où nous étions des chasseurs-cueilleurs, le schizophrène, qui se trouve maintenant sur le trottoir, à fumer du crack et mendier de l’argent, ce mec aurait probablement été une sorte de chaman du village. Il aurait vu ces choses bizarres qui servent à se connecter à un autre monde. Puisque notre société n’a pas de place pour le chamanisme, elle n’a pas de place pour la véritable spiritualité. C’est la raison pour laquelle tous les jeunes sont anxieux et déprimés, que les gens ont tous un problème ou un autre. C’est une maladie spirituelle.

SD : Tu viens d’une famille très chrétienne, mais quel est ton rapport à la religion ?

SC : En fait, je n’ai pas de religion. C’est ce qui me sépare de ma famille. Ma sœur était super chrétienne, plus encore que ma mère qui était déjà super chrétienne. Elle était tellement chrétienne mec... Elle est décédée il y a quelques mois. Quand c’est arrivé, j’ai réalisé que ce qu’elle appelait Jésus, je l’appelais l’esprit de l’univers, une puissance supérieure, ou peu importe, ce n’est pas parce qu’on appelle ça différemment qu’on doit se prendre la tête. Je suis une personne très spirituelle, mais j’essaie de ne pas me limiter à un dogme ou à un ensemble de règles.

SD : Cette remarque va peut-être te sembler étrange, mais tu as un côté gourou. Tu joues sur cette image, sur tes réseaux sociaux... C’est plus qu’une simple esthétique ?

SC : Il y a clairement une corrélation entre l’artiste avec une fanbase et le gourou. C’est fascinant de voir comment certains fans deviennent sectaires. Comme les fans de Kpop, de BTS, il sont fous. Ils sont constamment en train de chercher sur Twitter si tu dis quelque chose de mal sur eux, et si c’est le cas, dix mille personnes t’attaquent d’un coup. C’est une secte, il n’y a pas d’autre mot. C’est clair que Slug Christ sonne comme un nom de gourou. Comme je suis une personne spirituelle, je m’intéresse à l’idée de culte, que des gens puissent recréer leur propre monde, comme une sorte de jardin d’Eden, à l’écart du poison de la société. C’est quelque chose qui me passionne, et qui transpire dans mon travail.

SD : C’est la raison pour laquelle tu es inspiré par la fantasy ?

SD : Oui, c’est sûr. Mais en même temps, beaucoup de choses découlent de mon inconscient. J’en reviens toujours aux mondes imaginaires. Même quand j’avais cinq ans, je construisais des mondes en Legos. J’ai l’impression de faire la même chose aujourd’hui. Je construis mon propre monde dans mon travail.

SD : Tu fantasmes le fait d’être le dieu de ton propre monde ?

SC : Laisse-moi te montrer un truc... [il montre un terrarium à la caméra] Je suis vraiment intéressé par ce genre de choses, comme regarder une colonie de fourmis. En observant un microcosme, tu t’élèves à un point de vue divin. Surtout quand tu regardes une colonie de fourmis, tu peux avoir une compréhension tellement plus élevée qu’elles du fonctionnement de leur monde. C’est probablement l’impression qu’aurait un être de quatrième dimension en regardant notre monde à nous.

SD : Est-ce qu’ensuite tu les punis sans raison particulière ?

SC : [Il rigole] Peut-être, si j’ai vraiment eu une sale journée, je prends une loupe et...

Slug Christ

SD : Avant de parler de ton livre, j’ai remarqué qu’on partageait la même obsession pour la série des Dark Souls.

SC : Je suis un très grand fan de Hidetaka Miyazaki. J’adore tout ce que ce type fait. Il est tellement génial. Bloodborne, Dark Souls, Sekiro... Je les aime tous. J’ai acheté Demon’s Souls quand il est sorti en 2009, après avoir vu une critique dans l’émission X-Play. Il m’a fasciné parce qu’à l’époque de la PS3, les jeux avaient une grosse tendance à tenir la main du joueur, comme dans Call of Duty, genre « appuie sur X pour sauver le monde ». Les jeux From Software te lâchent dans le monde, sans te dire comment jouer. C’est à toi de le découvrir. J’adore ça.

SD : Le lore de ces jeux est passionnant et très obscur en même temps. Il pousse constamment le joueur à se questionner.

SC : Dark Souls a été une énorme source d’inspiration pour mon livre. Tout comme le Seigneur des anneaux. J’adore le fait que Tolkien vienne de la linguistique, et qu’il ait étudié la façon dont les humains évoluent et créent différentes cultures avec chacune ses spécificités. Dans le monde de la Terre du Milieu, chaque endroit a sa propre culture. Tout est très vraisemblable.

SD : Tolkien a d’abord réfléchi aux langues, puis aux cultures, et enfin à son récit. Tu fais un peu la même chose avec ton livre. Tu n’as pas débuté par une histoire d’archétype de héros, mais par la création de toute une mythologie.

SC : J’ai envie d’écrire des romans et des histoires de voyage du héros. Mais je suis beaucoup plus intéressé par la construction du monde. Le schéma du voyage du héros a été fait tellement de fois, il existe depuis des milliers d’années. Je suis beaucoup plus intéressé par la création d’un monde crédible où ces histoires existent sans que j’ai besoin de les raconter. Je veux faire quatre encyclopédies avant de commencer à écrire une véritable histoire.

SD : Tu fais ton Silmarillion, et ensuite tu feras ton Seigneur des Anneaux.

SC : Exactement. Je le fais à l’envers. Tolkien disait que le Silmarillion était l’œuvre de sa vie, son magnum opus. En vrai c’est un manuel d’histoire sur la Terre du Milieu. Ça m’a toujours fasciné qu’il choisisse l’espèce de dictionnaire un peu rébarbatif, plutôt que la grande épopée fantastique.

SD : Visiblement tu as encore envie d’écrire.

SC : J’ai le projet de faire trois autres encyclopédies. Je travaille aussi sur des histoires qui se déroulent dans notre univers. En vieillissant, je suis sans doute plus enclin à écrire plutôt qu’à faire de la scène.

SD : Tu pratiques les jeux de rôle papier type Donjons et Dragons ?

SC : Pas vraiment. Je m’intéresse plus aux univers qu’aux jeux en eux-même. Je n’ai jamais fait une partie de Warhammer 40,000 pourtant je suis très versé dans son lore.

SD : Le lore de Warhammer 40,000 est vraiment génial.

SC : C’est aussi une grande inspiration pour mon livre. On pourrait croire que c’est de la science-fiction, mais Warhammer 40,000 est très tourné vers la fantasy avec les orcs, les Eldars et tout ça. J’ai quelques amis qui y jouent, j’aimerais essayer un jour.

SD : Tu dessines également.

SD : Tout à fait. J’ai fait toutes les illustrations de mon livre. J’ai étudié dans une école d’art avec une spécialisation en peinture. Donc j’ai été formé en art, si l’on peut dire ça.

SD : Tu es vraiment polyvalent, c’est impressionnant.

SC : Les gens me le disent souvent, mais la musique et le dessin ne sont pas si différents. Quand j’étais en école d’art, je n’avais pas beaucoup de temps pour faire de la musique. L’université où je suis allée, la Savannah College of Art and Design, est connue pour avoir une grosse charge de travail. Mais quand je suis revenu à la musique, j’avais l’impression de m’être amélioré. C’est vraiment la même chose d’apprendre la théorie de la musique, puis d’apprendre la théorie des couleurs et d’étudier les corrélations entre les deux. Etudier le dessin et la peinture m’a permis de découvrir ce dont j’étais réellement capable en musique.

SD : Il y a une grande différence dans le fait de se produire devant un public. Ce n’est pas quelque chose d’important pour toi ?

SC : Si, j’aime beaucoup. J’ai l’impression que c’est la manière la plus brute et la plus émotionnelle d’écouter de la musique. J’aime vraiment les performances live. C’est une partie de la création musicale qu’on a perdu avec le confinement. Les processus de création musicale sont un peu différents maintenant.

SD : En tant qu’écrivain j’envie beaucoup les musiciens d’avoir cette réponse immédiate du public. Ça doit être un sentiment incroyable.

SC : C’est le cas. C’est en ce sens qu’être musicien ressemble beaucoup à être un gourou. Les arts visuels ont aussi ce culte de la personnalité, toutes les formes d’art l’ont. Je pense que ça vient de ce dont on parlait plus tôt, le besoin d’un chaman, d’un guide spirituel. L’artiste est un guide spirituel d’une certaine manière parce que l’art est essentiellement une pratique spirituelle. C’est une question d’expression et de révélation. La corrélation vient de là. En tant que musicien, tu es littéralement face à un groupe de personnes, et tu dois les guider à travers un voyage spirituel pendant ton set. Il y a aussi des peintres qui peignent en direct. Tu as surement vu ce genre de performance, où le gars fait tourner la toile dans tous les sens ou ce genre de conneries. Et tout d’un coup les gens réalisent que « oh mon dieu, c’était Jimi Hendrix ». Cet aspect peut exister dans l’art visuel, mais c’est beaucoup plus marginal que dans la musique.

SD : Tu es concentré sur l’écriture mais tu continues à faire de la musique. Tu as des sorties prévues cette année ?

SC : Je travaille en ce moment sur Plant Mentality 3 que j’ai presque terminé. J’attends encore quelques featurings et je vais probablement écrire quelques chansons de plus, mais j’en ai déjà neuf de prêtes. J’ai terminé la pochette de l’album, et j’ai prévu de faire un clip.

SD : Tu as réalisé peu de clips récemment, c’est dommage parce que tu as souvent des vidéos originales.

SC : C’est parce que je ne suis pas intéressé par la réalisation de clips. Je déteste tourner les vidéos, les monter... Je suis bien plus intéressé par la musique elle-même. Et si je dois charger quelqu’un d’autre de s’en occuper, je veux être sûr qu’il soit bon. En ce moment, je n’ai pas de réalisateur sous la main en qui je puisse avoir confiance. Mais je ne peux pas consacrer mon temps à la réalisation. J’ai besoin de me concentrer sur ce que j’aime faire.

SD : Il y a donc au moins une forme d’art que tu n’aimes pas faire.

SC : Je n’aime pas l’aspect pantomimique des clips. C’est comme jouer la comédie. Je dois faire comme si je ressentais vraiment la chanson, ou comme si j’étais vraiment ému à tel moment, alors que c’est la dixième prise. Je ne suis pas un acteur, mec. Vraiment pas.

Slug Christ

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