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Mixes/Compilations

Summer Camp #4 : Édition V.I.P.

Sélection d’albums pour période estivale

La rédaction, le 19 juillet

Encore une fois, nos crocodiliens ont fouillé la vase pour vous rapporter leur meilleur album à barbecue. Et cette année, des sauriens haut de gamme venus des marécages voisins sont venus prêter main-forte.

Voici le quatrième épisode de notre sélection d’albums estivaux, cela fait donc quatre ans que Swampdiggers existe. Pas encore vraiment l’âge de la maturité donc, et c’est tant mieux, mais pour fêter cette quatrième année et nous renouveler un peu, nous avons demandé à quelques invités spéciaux triés sur le volet de nous aider en partageant avec nous leur album de l’été préféré. Celui qu’ils ressortent tous les ans, dès que les grosses chaleurs arrivent.

Télécharger le mix

03 Greedo & DJ Mustard – Still Summer In The Projects (2019)

– George de la Maille
Dans la nuit du 27 Juin 2018, 03 Greedo est en studio avec Lil Pump, Lil Uzi Vert, Smokepurpp et Desto Dubb, où il enregistre son dernier morceau : Bank Teller. Le lendemain, c’est devant les autorités texanes qu’il se rend pour effectuer sa peine de 20 ans de prison.
Mais le rappeur de Watts a un plan : Still Summer In The Projects est l’une des mixtapes collaboratives qu’il a concocté avant d’être enfermé. Sur le projet, les productions lancinantes et ensoleillées de DJ Mustard viennent complimenter les chants auto-tunés d’un Greedo désabusé. Les refrains sont faciles, entraînants, les couplets freestylés et c’est cette acrobatie qui rend Still Summer In The Projects aussi envoûtant.
Le minimalisme d’une piste comme Gettin Ready’ vient alors contraster avec les ambiances plus luxuriantes de titres comme Trap House ou Loaded, où Greedo laisse échapper de brumeuses tranches de vie. Sur Visions, le dernier titre du projet, c’est sur un air de guitare que le rappeur, mélancolique, s’imagine dans sa "cellule sans fenêtres" et promet de revenir vengeur de ce temps qu’on lui arrache. Cette mixtape solaire est une célébration au bon temps mais aussi une très bonne façon d’honorer la vision d’03 Greedo #FREEGREEDO
- Track : Visions (prod. Pharo & DJ Mustard)


Allstar JR – Get a Bag or Go Home (2016)

– Irandal La Flare / Dope boy blues enthusiast
En 1998, Fabe chantait pour ceux qui partent mais surtout pour ceux qui partent pas. Mai 2016, Allstar JR sort un disque pour ceux qui tiendront tout l’été leur corner. Dans Get a Bag or Go Home, le rappeur originaire du nord-ouest de Detroit propose la bande-son parfaite pour accompagner les étés caniculaires de ceux ne pouvant profiter de la mer, de la campagne ou de la montagne pour se rafraîchir : l’ambiance du disque est juste suffocante. Dans ce projet, le discours de JR est simple : il s’agit de faire le maximum d’argent, de travailler encore et encore pour continuer à faire rentrer les deniers. Sa musique est sans concession et si quelques samples, à l’instar de celui de Dollaz + Sense de DJ Quik par lequel le premier véritable morceau du projet commence et qui donne d’emblée le ton du disque, et quelques refrains plus ou moins chantonnés laissent à l’auditeur de précieux instants pour reprendre son souffle, le reste du disque est occupé par la présence de JR et son flow d’affamé. Ici aussi, il s’agit d’occuper au maximum tout l’espace disponible.
- Track : Pill Dust


Anthony Danza – The BBS Diaries (2019)

– Tis
A l’âge de 3 ans, le jeune Anthony Danza déménage de Seattle pour Warrenton dans l’Oregon. S’ensuivront un grand nombre d’allers-retours de fin de semaine pour rallier Emerald City où continue de demeurer une partie de sa famille. A l’écoute de son dernier album, nul doute que les bande-sons 80ies & 90ies pop, soul, RnB de ces trajets auront très largement influencé la tonalité sonore de ce dernier album sorti fin mai. Entièrement composé par lui-même, le producteur et rappeur de Seattle signe avec The BBS Diaries un album taillé pour l’été et résolument axé dans un délire réminiscent des eighties (imagé du survêtement et de ces jantes allemandes figurant sur la cover jusqu’aux clips filtrés incluant des glitches VHS, en passant par les messages de répondeur en qualité d’interludes). L’un des secrets les mieux gardés de la production de la Bay Area et alentours - producteur attitré de Messy Marv, Anthony a également collaboré avec Devin The Dude, Gunplay, The Jacka, Warren G, le regretté Nipsey Hussle ou plus récemment Raz Simone - propose ici un disque doté d’accents boogie où l’on retrouve sa maîtrise des instrumentaux savamment travaillés. Les synthétiseurs vintage de Yamaha & Roland viennent sublimer de leurs sons digitaux des guitares gorgées de soleil portées par une base rythmiques faisant la part belle aux basses slappées et drums clappés. Quelques invités (Jay Worthy, Fatal Lucciauno, King Leez, Troi Breeze, Anthony Eugene) viennent apporter leur touche vocale et parfaire cet album au groove propre à ambiancer les abords des piscines et les rides estivales. On regrettera sa durée relativement courte, avec ce sentiment de disque qui s’achève un peu trop tôt (permettant cependant de ne pas user encore plus la corde plus si nouvelle des références à un univers Scarface-like). Mais c’est aussi très probablement l’un des meilleurs arguments pour enchaîner une nouvelle écoute, évitant ainsi de sortir le disque de l’autoradio sur la route des vacances.
- Track : At all costs (prod. Anthony Danza)


Baby aka The #1Stunna - Birdman (2002)

– Frencizzle / Beatmaker
Pour les productions, on a principalement du Mannie Fresh mais aussi droit à des intervenants de taille comme Timbaland, les Neptunes, Swizz Beat, Jazze Pha et Leslie Brathwaite (connu notamment pour avoir mixé les Cardi B et produit pour Scarface ou Mack 10). On retrouve donc des sonorité Dirty south et Nola bounce dans certaines rythmiques reprenant le Brown beats. On ressent le sud des années 2000... Beaucoup de guitare (mais en plus soul et club) comparé à ce qui se fait à Atlanta ou à Memphis à la même période. Les prods sont assez uptempo, donc très dansantes dans l’ensemble, et l’on comprend assez vite que le label cherche à conquérir l’Est avec Keith Murray, Gillie, Diddy, Cam’ron, et à toucher un public plus mainstream avec Toni. On s’écarte aussi des sonorités antérieures avec les synthés un peu rétro qu’on pouvait avoir sur ceux de Turk ou Juvenile de 2001, Jazze Pha apportant un coté plus soul.
Birdman kicke bien. Il a des fulgurances comme sur Heads up ou What happened to that boy avec les Clipse. Ca reste super egotrip et en même temps, Baby est riche. Il avait du bien ramasser avec les Hot Boys en les payant au lance-pierre, en chaînes en or et en cailloux... Donc ça parle de jantes qui tournent à l’arrêt, de bijoux diamantés, d’argent, de voitures, de fringues de luxe, un peu de drogue et de la rue avec ses histoires et ses pertes. L’album n’est pas parfait mais pour l’été, il y a des sons club et d’autres plus posés donnant une ambiance parfois festive, parfois triste. La vie en somme. A noter que la cover, signée Pen & Pixel, est juste géniale. On peut voir le visage de Birdman se transformer en tête d’aigle avec des lettres pleines de diamants... Que demander de plus ?
- Track : Looks like a job 4... (prod. Leslie Brathwaite)

Frencizzle a un projet à venir avec LK de l’Hotel Moscou

Bone Thugs-N-Harmony - Creepin on ah Come Up (1994)

– Nikkfurie / La Caution
L’album que je ressors chaque été est un EP, un classique : le Creepin on ah Come Up de Bone Thugs-N-Harmony. Les flows de malade des protégés de Eazy-E, à l’époque, m’avaient scotché ! Et même aujourd’hui, faire du "Bone" reste un vrai challenge ! Et musicalement, vu que je suis souvent en mode nocturne, le côté sombre mêlé aux sirènes west coast collent bien à l’ambiance dans laquelle je suis en été sur Paname. Et Bone Thugs-N-Harmony a toujours eu un côté mystique et bizarrement je trouve que ça illustre bien un Paris estival dans lequel il y a moins de monde mais plein de gens chelous qui déambulent dans les rues, la nuit tout particulièrement ! Donc je ressors cet EP et fous ça dans le poste. No surrender , Thuggish ruggish Bone etc. glissent grave bien en caisse.
- Track : No surrender (prod. DJ U-Neek)


Bubba Sparxxxx - Deliverance (2003 )

– LK de L’hotel Moscou / Bandcamp
J’imagine que beaucoup de gens imaginent un album de l’été avec des sonorités rappelant la fête, la détente, un voyage dans une contrée paradisiaque. Pour moi qui vit loin de là où j’ai grandi, ce serait au contraire quelque chose qui me ramène “à la maison”. Vers les campagnes, les montagnes et les lacs à cheval entre la France et la Suisse. Mon album de l’été devrait m’évoquer ma bande et la musique qui tournait dans les voitures lors des virées pour le ravitaillement à l’épicerie du coin (et pour les copains, petit clin d’oeil à Yon Pa Yon de Yaniss Odua que j’aurai pu choisir). Il me faudrait une musique qui évoque la lenteur, la chaleur et l’humidité de l’été comme le rap du Sud... Mais pour rester authentique il faudrait aussi un côté campagnard ; parce que si la 205 de mon pote était rouge mat, c’était à cause de la corrosion... pas d’une candy paint.
Je crois qu’un album qui me rappelle l’été à la maison, cela pourrait être Deliverance de Bubba Sparxxx. Un album du sud assumant complètement son côté redneck, gorgé de musique country (15 ans avant Old Town Road) et majoritairement produit par un Timbaland au top de sa forme. Bubba me raconte ses histoires de blanc un peu loser de la cambrousse, et je me vois conduire ma 106 à côté de champs où sèchent des bottes de foin fraîchement coupé. C’est une œuvre unique qui chante magnifiquement un gars qui sort du trou du cul du monde, et ça me semble être une bonne définition de moi passant un de mes derniers étés avec mes potes d’enfance.
- Track : Deliverance (prod. Timbaland)


DJ AK - Gangsta Zone Party (2011)

– Oscar Courvoisier
Quel honneur pour un lyonnais de pouvoir mettre en avant le travail de la légende DJ AK, car même si évidemment la funk et la g-funk ne sont pas originaires de la capital des Gaules, elle occupe une place très importante pour toute une génération de jeunes lyonnais. DJ AK est un producteur boulimique de travail qui faute de rappeurs français assez nombreux pour poser sur ces productions g-funk a décidé avec l’aide de son associé Rui de poser ses valises en Californie pour se connecter avec le maximum d’acteurs de la scène locale et ainsi monter leur propre label : Gangsta Zone Records. Depuis ces débuts avec le légendaire groupe lyonnais Pass Pass jusqu’à aujourd’hui, il n’a cessé de sortir des projets, très souvent sous forme d’albums multi-artistes 100% auto-produits à l’image de ce que peut faire aujourd’hui un DJ Khaled. Le projet Gangsta Zone party regroupe tout le savoir faire artisanal de DJ AK, grand maître de la talkbox et du synthé west coast, mais il regroupe également tout le réseau d’artistes autour de son art depuis son expatriation partielle en Californie. On retrouve sur ce projet Tha Dogg Pound, Don Cisco, South Central Cartel, Kurupt, WC ou encore Big Syke. Ce projet ravira tous les amateurs de g-funk classique, de barbecues et de rides nocturnes, de Lyon à San Diego.
- Track : Gangsta zone feat. Daz Dillinger & WC (prod. DJ AK)


DJ Raedawn ‎– 80 Minutes Of Stank Stank (2004)

– Lasse & Russe / Illustrateur / Institut de sondage
Crunc Tesla alias Os Crunc Tesla est un producteur et rappeur new-yorkais. Le peu que je connais de sa discographie ne me parle pas trop mais il a fait ce mix en 2004 sous le nom de DJ Raedawn, et il est super. Dedans, il y a plein d’excellents morceaux de rap du début des années 2000, mélangés avec toutes sortes de musiques électroniques. En vrac on passe de RZA à LFO, de Killer Mike à Nobukazu Takemura. Ça peut paraître évident si vous avez connu cet âge d’or des mash-ups improbables mais c’est hyper bien fait, dynamique et fluide. C’est l’équivalent d’une compil "les meilleurs hits des années 80" et pour les trentenaires fans de rap et d’électro c’est du pain béni.
PS : j’en ai reparlé avec Pseudzero et il m’a rappelé l’existence de la mixtape d’Orgasmic Orgasmic le toxicologue est secrètement amoureux de vous qui était géniale dans un délire similaire.
- La tracklist sur Discogs
- Le mix en 9 parties sur Youtube
- Les tracks séparées à télécharger

Lasse & Russe a illustré la pochette d’Apaches avec Hector de la Vallée et réalisé un poster qui devrait être disponible sous peu chez Maison Tangible

Doc Gynéco - Première Consultation (1996)

–DELA / Butter Bullets
Pour moi, Première Consultation est ce disque intemporel et indémodable à faire tourner l’été. Quand il est sorti à l’époque il a eu un énorme impact en France. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite mais j’entendais même mes parents fredonner l’air de Né Ici. Avant, j’étais beaucoup plus réceptif au son new-yorkais et c’est sûrement ce genre d’album qui m’a permis de comprendre l’intérêt du son west coast.
A sa sortie, je n’avais pas le permis, ce n’est que plus tard que j’ai compris le potentiel de ride qu’il renfermait. Depuis ma première voiture, une Opel Astra 16S, jusqu’aujourd’hui dans ma Porsche, ce disque m’a toujours suivi pour rider l’été.
Et c’est toujours la même chose : tu t’installes au volant de ta voiture, tu lances l’album et tu tombes direct sur Viens voir le docteur, s’il y a un brin de soleil alors tu décapotes et direction le lac : dès la première note ton subwoofer fait ronfler la basse et tes poils s’hérissent. Ça marche à chaque fois !
Tu peux aussi le jouer pendant un barbecue avec la famille, ou lors d’une pool party avec tes potes, c’est un album passe-partout. Le Doc a un don pour aborder des thèmes graves avec légèreté. On pouvait même passer Ma salope à moi à une fille qu’on voulait draguer, elle ne le prenait pas mal.
Je ne suis pas fan de foot, du coup les seules références qui me restent aujourd’hui sont quasi toutes issues de Passement de jambes. Si tu me demandes de citer des noms de joueurs, je répondrai sans sourciller : Bebeto et Basile Boli ! Et dès que je vois un Cacolac dans les rayons du supermarché je ne peux m’empêcher de penser à Jean-Pierre Papin.
Il y a de tout dans cet album, tu peux l’écouter avec ta mère, avec ta meuf, avec ton pote, ton petit frère… Il a super bien vieilli, je ne sais pas si c’est parce qu’il a été enregistré en Californie avec de vrais musiciens, mais il restera à mon avis à jamais dans les annales du rap français. On avait trouvé notre Snoop Dogg !
Par contre c’est sûr qu’il nous a influencés, même si notre musique est certainement à l’opposé de la s ienne. C’est tout naturellement que Sidisid s’est mis à chantonner le refrain de Cette année sur l’album Ténébreuse Musique. Et c’est même sans s’en rendre compte qu’il a repris un thème identique à Ne viens pas chez moi sur le titre Toute la nuit de l’album Memento Mori.
- Track : Viens voir le docteur (prod. Ken Kessie)


Freddie Gibbs - Freddie (2018)

– Carson / Twitter / Soundcloud
Freddie est un album incroyable. En l’écoutant, j’ai eu l’impression d’être coincé à LA avec Freddie Gibbs et forcé de vendre de la cocaïne à des zombies. L’album alterne entre gros sons à mettre la nuit dans la voiture, et titres plus doux et mélodieux à faire passer avec une canette bien fraîche et une fille aux mœurs légères. Ça commence fort avec Weight qui parle direct de coke. Ça enchaîne avec l’oppressant Automatic qui donne l’impression de se trouver au milieu d’un point de vente de crack entouré de mort-vivants. Puis vient le rythmé Death Row qui sample le Boyz-N-The Hood de Eazy-E, en guise d’hommage au rap californien des 90’s. Arrive ensuite mon préféré : Triple Threat qui semble avoir été conçu pour être joué près d’une piscine privée en compagnie d’une créature plantureuse. Et arrive le magnifique 2 Legit, samplant Everybody loves the sunshine de Roy Ayers, qui se trouve dans la même lignée que la piste précédente. Bref, cet album est à mon sens indispensable en cette saison. Il alterne entre sons agressifs pour les nuits agitées, et sons plus légers pour les après-midi brûlants.
- Track : Automatic (prod. Kenny Beats)

Projet de Carson à venir : Falconia, pour la rentrée 2019.

Goonew - Goonwick 2 (2019)

– Soudiere / Aka Jeune Pirelli
Ceux qui veulent passer un été terrifiant vont être servis avec Goonwick 2, le dernier projet du rappeur Goonew, nouvel espoir du DMV (DC/Maryland/Virginia). Sur fond de beats pour la plupart du temps sombres et agressifs, Goonew murmure ses histoires sorties tout droit d’un film d’horreur du hood. Flow décalé a souhait, typique du DMV rap qui peut surprendre à la première écoute, mais rend accro dès la troisième. Mention spéciale aux titres TKO et Pimpin, qui pour le coup s’écoutent au bord de la piscine avec le petit sample de Teddy Pendergrass et les ambiances façon GTA San Andreas.
- Track : TKO (prod. Boo Radley)

Derniers projets de Soudiere : PIRELLI VOL. 6 et ISSUE 09

Guru - Jazzmatazz Vol. 1 (1993)

– Sosie De Robert De Niro Dans Heat / Bandcamp
A Los Angeles, c’est l’été toute l’année. La seule neige qui tombe sur Beverly Hills atterrit dans le pif des mecs avec lesquels je ne monterai jamais de coups. Tout ça pour dire qu’il n’y a pas d’album d’été pour moi. La nuit, j’aime avoir les idées claires au volant de ma Ford, fenêtres ouvertes, tandis que je flaire les prochaines affaires qui vont s’offrir à moi.
Pour cette raison, j’ai besoin d’une musique qui groove et s’accorde aux lumières semblables aux algues fluorescentes des îles Fidji qui défilent dans la ville. J’écoute donc Jazzmatazz vol.1, album qui fusionne hip-hop et jazz dans un cocktail qui me permet de rester focus. Mes morceaux préférés ? Le tandem Guru/Mc Solaar sur le morceau Le bien, le mal qui colle au dilemme moral que je me pose tous les matins avant d’aller au turbin. Quand je cruise en bagnole, c’est When you’re near ou Transit ride. Avant d’explorer la foufoune hollywoodienne d’Eady, ma gonzesse, c’est Down The Backstreets.
Mis à part ça, pendant les fusillades, j’écoute le morceau Body Count, du premier album de Body Count, histoire d’être dans l’ambiance. Achetez mon EP, bande de caves !
- Track : Le bien, le mal feat. MC Solaar (prod. Guru)


Keak Da Sneak – Withdrawl (2017)

– Zetray / Voyou cosmique
En août 2017, Keak Da Sneak aurait dû rejoindre Mac Dre ou The Jacka parmi les légendes assassinées de la Bay Area. Victime d’une fusillade qui lui laissera huit balles dans le corps, il en sort heureusement vivant mais cloué à vie dans un fauteuil roulant. Sorti dans ce contexte, Withdrawl est un sevrage, une prise de distance vis-à-vis des abus de la période hédoniste du hyphy qui avait propulsé Keak au-delà d’une reconnaissance californienne. C’est aussi un retour aux sources. Grâce à la production vintage de The Mekanix, Keak Da Sneak assoit sa légitimé de son vivant dans l’histoire toute entière du rap de la Bay. Les synthétiseurs et les basses épaisses du duo auraient aisément leur place sur In a major way d’E-40 (présent sur Keep it going) ou The hustle continues de San Quinn. Withdrawl est une ode à la mob music de sa région, il est aussi le cadre sonore sur mesure pour le style de rap parfois incontrôlable du rappeur. C’est surtout son meilleur projet depuis son obligatoire Tonite show avec DJ Fresh.
- Track : Zippin feat. Ike Dola (prod. The Mekanix)


Kool Keith - Sex Style (1997)

– Crem
Tout paraît plus simple en bottes et en slip, en balade dans les rues de Biarritz. On sécrète des fluides, on les échange. Puis on partage une glace à l’italienne. Vanille/fraise. Comme la tenue de la dame sur la pochette du deuxième album de Kool Keith. Après avoir incarné un gynécologue de l’espace sur son premier opus, l’ancien Ultramagnetic Mcs revient avec des priorités plus terre à terre. Sex Style. Tout est dit. En même temps, deux mois d’été ça passe vite, surtout quand on s’aime. Alors on a peu de temps à perdre. Les baisers sont appuyés et les caresses plus directes, sans pour autant oublier les préceptes de ce bon Big Willie Keith ’’Yo baby, don’t crush it when you sit upon it’’ / ’’Yo baby, don’t rush it when I sit upon it’’. Cependant les amours d’été ont toujours cet arrière-goût un peu salé. On dit qu’on s’écrira, même si on sait que personne ne le fera. C’est la dernière piste, la numéro 17. Voilà, c’est la fin de l’été. Le disque est terminé.
- Track : Still the best (prod. Kut Masta Kurt)


Lil Keke - Don’t Mess Wit Texas (1997)

– Krab / La Prune
L’important l’été, c’est le mouvement. Loin de moi l’idée de négliger la détente, mais le mouvement prime. Un album de l’été tu vas l’écouter à pied, en voiture, bateau, avion ou peu importe. L’album de l’été vient donc forcément de Houston. Les lignes de basses graisseuses, les drums cinglants, les flows sirupeux, les lignes d’accords brumeux et les mélodies entêtantes... Tout y est dans le premier album de Lil Keke. La dernière fois que j’ai écouté cet album, j’étais dans un bateau de livraison de marchandises au fin fond de l’Indonésie. J’essayais tant bien que mal depuis la veille de rejoindre une île déserte, à un bateau d’y arriver ! Du coup j’étais là, entre des sacs de riz et des bidons d’essence, en pleine nuit au milieu de rien avec un capitaine à qui il manquait une main et ma copine endormie d’épuisement. Bien loin des strip clubs, des candy paints et des gros culs.
C’était vraiment une belle façon d’écouter cet album. Sur un bateau terriblement vieux et rempli à craquer, à mater du coin de l’œil les marins allumer des clopes assis sur des bidons d’essence en jetant les mégots encore fumants sur le moteur. Je me disais que si par malheur ça tournait mal, cet album aurait été une incroyable bande-son pour mourir au milieu de la mer des Moluques. Pour moi un bon album, au sens noble du terme, doit réussir à t’imposer une ambiance tout le long : Don’t Mess With Texas est parfait pour ça. Il transpire la chaleur, le sirop, les rides à 40 km/h et la pimpance.
- Track : Something about the Southside feat. 3-2 (prod. Sean ’Solo’ Jemison)

Dernier projet de La Prune  : BDMS 3

Nipsey Hussle - Victory Lap (2018)

– Madizm / Bandcamp
Cet été, il y’a un album qui a un goût spécial, un goût amer, mais que je vais mettre jusqu’en septembre au moins. C’est Victory Lap de ce good ol’ Nip. Parce que toutes les chansons de cet album prennent une dimension différente quand tu sais comment il est mort. Le sample de Willie Hutch résonne comme une célébration à son oeuvre sur fond d’orgue gospelisant. J’avoue avoir eu la larme quelques fois... Pour les gens, c’est son premier album studio officiel ; pour moi, c’est son dernier souffle. Il y a une ambivalence qui s’empare de moi quand j’écoute cet album. L’intro avec Stacy Barthe, je la trouve simplement magnifique sous tous les angles. Le morceau avec Kendrick Lamar, c’est sûrement ce que l’Ouest a fait de mieux ces dix dernières années. Il y a un savant mélange de tracks hardcore comme Rap ni**as entrelacés avec des bijoux plus léger genre Last time that I checc’d. C’est la West coast que j’aime, la mentalité que j’aime, la musique que j’aime tout simplement. Je n’arrêterai pas de faire son éloge et je n’arrêterai pas de squatter sa discographie jusqu’à ma propre mort.
- Track : Blue laces 2 (prod. Mike N Keys, Mr Lee & Larrance Dopson)

La dernière compilation de beats Escapizm (summertime edition) de Madizm est disponible en téléchargement gratuit

Outkast - Aquemini (1998)

- Manu Makak / Black Mirror / IHH Magazine
"The South got something to say, that’s all I got to say". C’est sur cette puissante prophétie que se clôt l’imprenable troisième album du duo d’Atlanta, auto-samplant leur déclaration balancée sur la scène des Source Awards de 1995, middle finger aux sifflets d’une audience pour qui ne peut alors exister que la sinistre guerre opposant East coast et West coast. Pourtant, bien loin de l’axe mainstream et meurtrier New York / Los Angeles, se distille depuis des lustres chez les bouseux du "sale sud" une musique poisseuse, inventive, déterminante. Et quand Aquemini déboule en 1998 avant le présent perpétuel d’Internet, il incarne pour d’innombrables hip-hop heads boutonneux de ce foutu globe le premier contact avec un son qui ne respecte rien, qui ne s’adresse qu’aux siens, et qui va révolutionner durablement la face du rap. Pas de Future sans la Dungeon Family. On ne le savait pas encore, mais ce disque aussi étouffant que jouissif nous aura préparé, été après été, au triomphe du rap dégueulasse des marécages.
- Track : Chonkyfire (prod. Outkast)


Pharrell - In My Mind (2006)

– MoïseTheDude / Rappeur en peignoir
Le Doggystyle de Snoop Doggy Dog, n’importe quel Devin The Dude, le Thug holiday du légendaire Trick Daddy (In da wind  !), un Word of mouf de Ludacris (Area codes !) ou plus récemment 03 Greedo et son Still Summer in the projects : tout cela conviendrait pour le job d’album de l’été. Je suis sûr que même du côté du No Limit Records des grandes années, on trouverait de quoi organiser un concours de t-shirts mouillés tout en gardant un oeil sur son flingue. Tout dépend en fait de ce qu’on entend par album de l’été : du son pour la teuf ? La chillance ? Pour siester ? Pour baiser ? Pour le jour ou la nuit ? Tout ça à la fois ? Il y a longtemps, avant de faire d’insupportables chansons joyeuses pour enfants, Pharrell Williams (et son pote Chad Hugo) redéfinissait tranquillement le rap avec une approche à la fois pop et street pouvant tout aussi bien servir de support aux plus durs des hustlers (The Clipse en tête) comme transformer en star mondiale la première (h)it girl venue.
Et puis en 2006, il sort un premier album solo : In my mind. Du pur Pharrell à la prod., avec ses kits de batterie si particuliers, ses synthés rétros-futuristes, ses petites mélodies simples et efficaces. Niveau chant, le contrat est rempli. Niveau rap, ça n’a aucun intérêt véritable. Skateboard P pourtant ne rappe pas mal, offre même une belle densité de flow sur certains morceaux, mais franchement on n’en a rien à carrer, c’est les vacances et on n’est pas là se faire chier : music first. Et dans ce secteur, les déchets sont quasi inexistants, tout juste trois morceaux dispensables en fin d’album. Bangers évidents, délicieuses sucreries, tout y est et la Pharrell touch colle si bien à l’été. Il y a de quoi s’enjailler pour tout le monde et en toutes situations. Que tu retournes les côtelettes ou ailles à la plage, Pharrell a un son pour toi. Tu larves à l’ombre d’un palmier, tu bouges ton bassin (pas trop vite car il fait chaud), Pharrell est là. Et en plus il y a les copains qui passent : Slim Thug, Snoop, Jay Z, Pusha T, Nelly, Kanye West. Que du beau monde en short de bain pour rapper la dolce vita. Evidemment cet album n’est jamais qu’un prolongement soft de l’indispensable In search of… des NERD dont il est inutile de faire l’éloge tant c’est un classique de pop-rap taillé lui aussi pour la route des vacances (et pas seulement).
- Track : That girl feat. Snoop Dogg (prod. Pharrell)

Keudar est toujours disponible et OG, le nouvel album de Moïse The Dude sort à la rentrée

Rick Ross - Teflon Don (2010)

– RORO / Double R
Quatrième album de Rick Ross, quatre ans après la sortie de Port of Miami, et lancé dès le printemps 2010 par le rafraîchissant et ensoleillé single Super high avec Ne-Yo, Teflon Don sort sur Maybach Music Group/Def Jam en plein cœur de l’été 2010, le 20 juillet. Pourtant bousculé et tancé les années précédentes par les moqueries des premiers youtubeurs outre-Atlantique et un interminable clash avec 50cent, mais fort d’un précédent projet Deeper than rap véritable succès d’estime et commercial, William Roberts va servir avec ce quatrième opus studio un quasi chef-d’œuvre. Tout comme son prédécesseur, cette galette prend forme autour d’un squelette composé avec brio par les incontournables JUSTICE League. La comparaison s’arrête pourtant là. Résolument rap et presque traditionaliste dans ses choix, à l’exception de l’intro, Teflon Don voyait Rick Ross emprunter les chemins rythmique et musicaux rap de Def Jam ou Bad Boy, laissant planer une espèce de filiation avec les identités musicales de ces deux labels. Coupure nette. Deux morceaux amenés par Lex Luger font basculer l’album dans une dimension nouvelle. MC Hammer invitant Gucci Mane sonne une double prise de risque folle de Rozay. Inviter Gucci Mane et se risquer à poser sur un beat loin de ces rythmes favoris. Mission quasi réussie, même s’il est difficile de briller à côté de Guwop sur ce type de sonorités. Le gros William confirmera l’essai sur la neuvième plage de l’album. Une boucle devenu légendaire, des "haaan" inimitables, des grognements, Big Meech, Larry Hoover et beaucoup de cocaïne. Halleluya. Blowin’ money fast deviendra l’un des hits de l’été 2010 remettant même en selle le désormais vétéran du D-Block, Styles P. Beaucoup d’argent, beaucoup de drogues, beaucoup de cuivres, mais surtout beaucoup de (très bon) rap. Blockbuster assumé, mise en musique presque cinématique, Teflon Don est résolument un album d’été qui a marqué une progression créative et lyricale dans la carrière de Rick Ross.
- Track : MC Hammer feat. Gucci Mane (prod. Lex Luger)

Les deux volumes de la bande-son Charles Pasqua Money composée par Roro pour chasser les reptiliens sont toujours disponibles (ici et ).

Sahbabii - Squidtastic (2018)

– JUP
Sahbabii aurait pu être le rappeur d’un été. Celui de l’année 2017 avec l’entrée dans les charts de Pull up with a stick après des mois de viralité et l’intervention de Warner pour exploiter le filon. Depuis le rappeur d’Atlanta, né à Chicago, a préféré retourner à son indépendance plutôt que de finir lessivé par la machine, au risque de laisser derrière lui le zénith médiatique de sa jeune carrière. Sahbabii pourrait être le rappeur d’un été. Celui qu’on passe dans sa chambre devant une console Nintendo pour oublier le chaos urbain à l’extérieur. Lorsqu’on est doté d’une imagination comme celle de notre jeune ami, cela engendre Squidtastic, chef d’oeuvre bricolé de typebeats aqueux, de gimmicks loufoques et d’exotisme otaku, passés au mixeur d’un zen new age qui rend toute matière malléable. On s’y baigne comme un poulpe dans son lagon, bercé par un reflux d’images absurdes qui emporte le sens des mots. Avec un album pareil, Sahbabii peut être le rappeur d’un été. Le prochain. Et celui d’après. Et le suivant après lui.
- Track : Army (prod. VGBeatz)


Spank Rock and Benny Blanco - Bangers & Cash (2007)

– Jocelyn Anglemort / Mixes à la tronçonneuse
A la traite, on trouve MC Spank Rock, membre du duo du même nom qu’il forme avec le producteur XXXChange, auteur d’un rap graveleux encensé par la hype avec l’album YoYoYoYoYo en 2006 et proche d’une scène blog house / B-more club qui ne parlera aujourd’hui qu’aux dinosaures qui nous lisent. Et pour lui tenir le saut, Benny Blanco, homme de l’ombre multi-récompensé caché derrière certains des plus gros tubes pop / EDM des 2000’s (Tik tok de Kesha, Teenage dream de Katy Perry, Moves like Jagger de Maroon 5, quelques trucs sirupeux avec Calvin Harris... la liste est longue) et bercé aux lourdes basses en provenance de Floride. Ensembles et sous les noms de Bangers & Cash, ils payent leur dette au groupe iconique de la scène Miami Bass, 2 live Crew, à travers un court EP dont les chansons s’appuient sur une série de samples du quatuor (We want some pussy, Shake a lil’ somethin, The fuck shop). Dans la pure tradition du crew, MC Spank Rock assure le divertissement, élastique niveau flow et outrancier dans les lyrics - que l’on résumera à "du cul, du cul et re du cul" - se faisant tout de même éclipsé par Santogold, Amanda Blank et Sylvia Gordon, parfaitement nasty as they wanna be. De son côté, Blanco pousse les voyants dans le rouge pour une production puissante et léchée qui lui ouvrira bien des portes, et rappelle que l’avenir de la pop s’est un jour joué dans le passé de notre chère musique rap. En résumé, un chouette 5 titres festif et décomplexé, mais qui prend tout de même soin de ses aînés en période de sécheresse.
- Track : B-O-O-T-A-Y feat. Santogold & Sylvia Gordon (prod. Benny Blanco)


The Jacka - Tear Gas (2009)

– Nicolas Pellion / Pure Baking Soda / Fusils A Pompe
Tear Gas est en quelques sorte l’aboutissement du style de The Jacka, le disque qui l’aurait mené à la mi-temps du Super Bowl dans un monde où le gangsta blues remplit les stades. Sans trahir une once de ce qui fait son charme, l’atmosphère y est un poil plus triomphante, légèrement plus glamour. Mais même pour son blockbuster, Shaheed Akbar reste The Jacka, et s’il énumère tout ce qui fait la poésie de l’été, c’est en pensant à ceux qui sont enfermés depuis l’hiver.
Ce sont les productions et les samples qui rendent son univers plus doucereux, les slappers de Traxamillion, les reprises de Cindy Lauper, de Phil Collins. En toute fin du disque la brise estivale laisse place à l’orage, pour un duo avec Cormega, perché dans les nuages noirs du Riders on the storm des Doors. Une ride intérieure chaude et humide qui laisse presque croire que Jim Morrison est l’inventeur du cloud rap.
- Track : Summer feat. Matt Blaque & Rydah J Klyde (prod. MG)

Allez écouter les derniers épisodes du podcast de Fusils A Pompe.

The Netherworlds – Pals (2000)

– Pseudzero / (vulgar) Records
Pals avec ses grosses basses, son abus de reverb et son rap bon enfant se situe à la croisée des chemins : trop gentil pour être un album de gangsta rap, trop orienté west coast pour être juste un autre album de rap indé middleground (comme les copains de labels de Galapagos4 justement). Il sort surtout du lot par les prods atypiques d’Anacron et la complémentarité indéniable des 3 MCs. On y retrouve Murs, grande gueule pas forcément dotée de la voix la plus agréable du rap ou le plus technique, mais avec un charisme indéniable, probablement au sommet de sa carrière à l’époque, juste avant la signature sur Def Jux. Anacron, le couteau suisse MC/producteur/danseur tristement sous-estimé qui a orchestré le projet. Himself enfin, un bon MC qui fait le job et qui a l’avantage non négligeable d’avoir ramené le plan G4.
Nos amis ont partagé les bancs de la Hamilton High de Westside LA et ont décidé de se réunir pour nous pondre un album à la saveur très locale (donc parfait pour l’été), gorgé de funk et aux thèmes oscillants entre histoires de meufs et egotrips de bon aloi. Rien de trop original non plus, mais parfait pour récupérer du beach soccer de la veille.
- Track : Fat boys (prod. Anacron)

Pseudzero a réalisé un mix rempli de titres underground west coast pour l’émission du label LuckyMe chez Rinse FM

The Nonce - World Utimate (1995)

– Sameer Ahmad
Malgré les efforts fournis par l’industrie musicale pour me fournir des hits de l’été chaque année, ils ont perdu d’avance, pas besoin de zumba, je retourne toujours au même album depuis presque 20 ans. Comme un cholo de LA, je ne ride les Côtes du Midi de la France qu’avec des vieilleries avant-gardistes , galettes qui deviennent sublimes et complètement dans l’air du temps estival. S’il y en a une que je devrais retenir, ça serait The Nonce et son World utimate. Chef d’oeuvre : instrumentales épurées avec la voix de feu Yusef "Afloat" Muhammad et Sach. Cette comète californienne sortie grâce à Rick Rubin est ma meilleure OST de Carnon à Essaouira, vers l’infini et au-delà. Bachir a également sorti une excellente tape en leur honneur.
- Track : Mix tapes (prod. The Nonce)


Turquoise Summers - Shades (2014)

– Tibo BRTZ / BRTZ Radio Show / La Phonkerie
En 2014, Shades sort chez Omega Supreme, un label à l’esthétique très identifiable, qui a produit quelques pièces majeures de la scène modern funk, dans le sillage de l’éclosion de Dam-Funk au début des années 2010. Son très discret cousin avait mis au point une recette particulièrement bien équilibrée, à base de boogie souple et nonchalant, sans agressivité aucune et un brin mélancolique. Entre 2003 et 2009, Turquoise Summers est en Irak : il s’est engagé dans l’armée après le lycée, et a rapidement été déployé au Moyen-Orient. Quand il n’est pas en mission, il compose des beats hip-hop. Lors de sa toute dernière opération, une bombe artisanale explose juste devant son véhicule. Rapatrié aux US, il passera 9 mois à l’hôpital avant de recommencer à faire de la musique. En 2012, son premier maxi, Never can get enough sort chez Omega Supreme Records : la machine est lancée. Mais pas pour longtemps, car plus rien ne verra le jour après 2015.
En quelques années d’activité, Turquoise Summers a créé la bande-son parfaite du soleil couchant des bords de mer. Pleines de légèreté, il a construit des ambiances douces et enveloppantes, qui prennent de la profondeur avec des petits détails : quelques notes sorties d’un clavier lointain, un clap qui résonne, une basse généreuse et des nappes de synthé oniriques... Il ne quantize pas, n’utilise pas de presets, c’est un artisan. Sa mystérieuse funk est aujourd’hui plus difficile à trouver (Shades ayant même disparu du Bandcamp d’Omega Supreme) et certains morceaux comme le superbe Divinity n’est plus sur Youtube : qu’est-il arrivé à Philipp Riddick ?
- Track : Divinity (crystalized)


Tyler, The Creator - Igor (2019)

– KallMeTheDoctor
Sorti du chaudron mi-mai dernier, Igor a atterri dans nos assiettes juste à temps pour l’été. Tyler s’est retroussé les manches pour nous proposer cet album très doux et surprenant. Effectivement, notre artiste aux nombreux talents a diversifié, encore plus qu’à l’accoutumée, les ingrédients nécessaires à la cuisson de son projet afin de ne pas suivre la fameuse recette "tubes de l’été" dont raffolent les vacanciers adulescents sur les plages de Lloret del Mar. M. Okonma, qui s’est entièrement chargé de la composition, a enfilé son tablier pour mélanger savamment hip-hop, funk et RnB et nous servir une soupe délicieusement surprenante, au point de convaincre les hipsters de Pitchfork. A savourer avec des morceaux de pain sans gluten ou du quinoa, de préférence dans une bonne enseigne bio et vegan.
- Track : Igor’s theme feat. Lil Uzi Vert (prod. Tyler, The Creator)->https://www.youtube.com/watch?v=6S20mJvr4vs]


UMC’s – Fruits of Nature (1991)

– Sylvain Bertot / Fake for Real
Il fut un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, où le rap était joyeux, léger, ludique, coloré et bon enfant. Puis, au tournant des décennies 80 et 90, le rap de rue hardcore et gangsta est arrivé, et l’humeur a changé. Elle est devenue grave, dure, violente et décadente. Malheureusement pour eux, les New-Yorkais de UMC’s sont arrivés pile au moment où on passait d’une époque à l’autre. Et leur premier album, pourtant extraordinairement accrocheur et inventif, n’a pas tout à fait trouvé son public. Mais il n’est jamais trop tard pour écouter ou réécouter un bon disque. Et quand les beaux jours sont là, rien n’est mieux que de se repasser Fruits of nature dans les oreilles.
- Track : Blue cheese (prod. Haas G & RNS)

Ladies First, le rap féminin en 100 albums, le quatrième livre Sylvain Bertot sort chez Le Mot et Le Reste le 21 novembre 2019.

various artists - Menace II Society (original motion picture soundtrack) (1993)

– En Mode VHS / Émission de cinéma / Twitter / Insta
Chaque été quand j’était jeune au bled, il y avait toujours au moins un CD qui tournait en boucle dans le 306 Roland Garros. De Hip-Hop Soul Party 4 en passant par DJ Maze ou encore les CDs gravés de mix funk fait par Bilel mon grand zincou. Mais il y a un skeud qu’on a vraiment saigné une année. C’est la B.O tah Menace II Society « je te suce la bite mec ! », aussi culte que le film. Avec ça dans la wago, c’est comme si Saidia devenait Compton. Cet album il était tellement lourd, qu’il y avait un son pour chaque ambiance de la putain journée.
On partait en équipe, sur le MC Eight, pour aller au Kim Club, en mode ge-pla, paillote, transat, Hawai a la paille. Après on zonait en caisse ambiance baston de regards avec les Marocains de Belgique, ils voulaient trop être comme nous. On mettait a fond Dopeman de NWA ou Ghetto bird d’Ice Cube pour qu’ils comprennent qu’on blaguait pas.
Grain de café, short, casquette coste-La vissée sur la tête, on allait se poser au Sun Jet Club pour voir des zouz. Ca jouait au 8 américain, scooter des mers et on grattait des numéros pour le soir sur Computer Love.
La nuit venue pour les plus dalleux, qui avaient bien négociés leur créneau, ça se finissait à l’arrière de la 306 sur Honey Love de R "You killing me" Kelly.
Je te dis, c’est l’album de kaira par excellence. De la vraie g-funk pour rider l’été certifiée par le grand zin-clar Bilel !
- Track : MC Eiht - Streiht up menace (prod. DJ Slip & MC Eiht)

Depoussiérage de VHS sur Youtube.

Young L - L-E-N (2010)

– Pierre Leskurrrrt
2010, Internet est le nouvel eldorado. Datpiff, Livemixtapes et la chaine youtube WSHH font la pluie et le beau temps sur le rap. C’est le moment de balancer ses mixtapes gratuites et d’inonder le marché si l’on veut avoir le contrôle de la prochaine décennie. La trap explose à la gueule de tout le monde avec Flockaveli, A$ap Rocky insuffle l’âme de DJ Screw dans nos oreilles. Ca y est le Dirty south rap est adopté par le grand public partout où il y a des amateurs de rap. Même Chicago avec la drill se fraie un chemin et choppe une part du gâteau du rap-jeu. Cependant, la Bay Area, avec son rap si qualitatif, reste maudite et n’aura pas le droit à son boom commercial. Malgré le buzz de Lil B, le rap de la Bay ne connaitra pas le même engouement que la trap d’Atlanta. Et pourtant la nouvelle génération ne rechignait pas à la tâche pour exister et innover.
Young L c’est qui ? Un des membres de The Pack aux cotés de Lil B. Mais lui ne se contentait pas seulement du micro, il façonnait aussi la plupart des instrus. Puis le groupe a splitté... Lil B est devenu une star d’internet, Young L est resté plus confidentiel, mais a continué de sortir des projets en solo et même en duo (cf Mario and Domo vs The World mixtape en commun avec Soulja Boy). L-E-N (prononcé Alien) est une bonnne représentation de la musique de Young L : entre hyphy énergique et soundcloud rap. Le projet est très solide. Les sonorités et les prods ont pris un petit coup de vieux (le projet a presque 10 ans), mais le disque reste la bande originale idéale pour les après-midi piscine/beuverie. Avertissement, si vous n’êtes pas encore familié avec la hyphy, il est recommandé d’écouter cet album avec une minerve à portée de mains, le cassage de nuque est garanti.
- Track : So fly


Liste des pistes :

  1. Sur la route des vacances intro
  2. Lil Keke - Something about the Southside feat. 3-2 (prod. Sean ’Solo’ Jemison)
  3. The Nonce - Mix tapes (prod. The Nonce)
  4. Allstar JR - Pill dust
  5. Kool Keith - Still the best (prod. Kut Masta Kurt)
  6. Baby - Looks like a job 4... (prod. Leslie Brathwaite)
  7. The Netherworlds - Fat boys (prod. Anacron)
  8. Outkast - Chonkyfire (prod. Outkast)
  9. Bubba Sparxxx - Deliverance (prod. Timbaland)
  10. Pharrell - That girl feat. Snoop Dogg (prod. Pharrell)
  11. Keak Da Sneak - Zippin feat. Ike Dola (prod. The Mekanix)
  12. Turquoise Summers - Divinity (Crystalized)
  13. Guru - Le bien, le mal feat. MC Solaar (prod. Guru)
  14. DJ AK - Gangsta zone feat. Daz Dillinger & WC (prod. DJ AK)
  15. UMC’s - Blue cheese (prod. Haas G & RNS)
  16. Young L - So fly
  17. Freddie Gibbs - Automatic (prod. Kenny Beats)
  18. Sahbabii - Army (prod. VGBeatz)
  19. 03 Greedo - Visions (prod. Pharo & DJ Mustard)
  20. Bangers & Cash - B-O-O-T-A-Y feat. Santogold & Sylvia Gordon (prod. Benny Blanco)
  21. Rick Ross - MC Hammer feat. Gucci Mane (prod. Lex Luger)
  22. Goonew - TKO (prod. Boo Radley)
  23. The Jacka - Summer feat. Matt Blaque & Rydah J Klyde (prod. MG)
  24. Nipsey Hussle - Blue laces 2 (prod. Mike N Keys, Mr Lee & Larrance Dopson)
  25. Anthony Danza - At all costs (prod. Anthony Danza)
  26. Dead Prez vs Plaid - Hip-hop (DJ Raedawn mash-up)
  27. Tyler, The Creator - Igor’s theme feat. Lil Uzi Vert (prod. Tyler, The Creator)
  28. MC Eiht - Streiht up menace (prod. DJ Slip & MC Eiht)

Mix : Tis
Pochette : Dirty Noze


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