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Focus

LiL PEEP SiNGLES & FEATURiNGS

Kurt Cobain 2.0, dirty Sprites et cheveux roses

Dirt Noze, le 21 septembre 2016

2 compilations et un portrait pour célébrer la courte, mais déjà riche, carrière du rappeur / chanteur de 19 ans.

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LiL PEEP, avec sa gueule d’ange, ses cheveux roses et ses tatouages faciaux, tient une place à part sur l’échiquier du rap underground de 2016. Si une bonne partie de la scène phonk tend aujourd’hui à assumer des influences venant du rock, notamment du metal, Peep, avec son rap emo pour une grande partie chanté, se trouve pour sa part carrément à cheval entre les deux genres. Et si on veut trouver chez lui des influences et références aux désormais mythiques années 1990, il faudrait plus les chercher du côté de la scène grunge de Seattle que du rap diabolique de Memphis. Ses paroles introspectives au romantisme désabusé et à la nostalgie enfumée, souvent posées sur des instrumentations vaporeuses, dissonantes et bourrées de samples de guitares sous-pitchées, possèdent en effet un parfum très grunge.

Dans les années 2010, c’est maintenant avéré, le rap à largement remplacé le rock, en tant que genre musical populaire majeur, mais aussi en tant que reflet d’une jeunesse, voire de la société, à un instant T. Ainsi, une grande partie de la jeunesse qui aurait fait du rock dans son garage il y a encore dix ou quinze ans, fait aujourd’hui du rap dans sa chambre. Gageons que si les stars du rock blanc étaient nées dans les années 1990, elles feraient très certainement du rap aujourd’hui. Ainsi si Lil Peep devait être une projection uchronique d’une star d’antan, on le verrait bien comme une sorte de Robert Smith ou de Kurt Cobain 2.0, Periscope dans le smartphone et « dirty Sprite » à la main.

« I just wanna die by my momma side
Tell her that i love her while my brother cry
I don’t got the time for no compromize
Bitch i need it all ima make it mine »
— Lil Peep - Let Me Bleed

Peep raconte qu’il n’a pas de culture musicale bien précise et qu’il a toujours écouté de tous les genres musicaux sans distinction, s’endormant tous les soirs, depuis ses 6 ans, en écoutant la radio au casque.

Cela fait peu de temps que LiL PEEP fait de la musique. C’est en 2015, autour de 19 ans et par désoeuvrement, qu’il commence à enregistrer quelques chansons sur son ordinateur, sans rien connaître à la technique. Un ami à lui le présente à Jgrxxn qui tente alors de rassembler des forces vives autour de la bannière du Schemaposse, et cherche un chanteur pour apporter d’autres sonorité dans son très sombre crew. Peep reçoit alors beaucoup d’instrus et se met à enregistrer à tour de bras. Très rapidement son sens inné de la mélodie et ses penchants "emo" décomplexés font des émules. Il devient un des piliers du posse, qu’il quittera pourtant, avec Ghostemane, en 2016 suite à des désaccords avec sa tête pensante.

Les chansons du jeune musicien nous racontent des histoires d’amours adolescentes qui se passent mal, et abordent régulièrement les thèmes de l’addiction aux drogues, de la dépression et des pulsions suicidaires qui vont avec. Mais une lueur d’espoir est toujours présente au fond du tunnel, souvent atténuée par un filtre d’ironie, mais bien présente.

Originaire de Long Island, une ville plutôt cossue de la banlieue de New York, Peep déclare aujourd’hui ne pas avoir de logement fixe et voyage souvent entre New York, Denver et Los Angeles, la ville où Ghostemane et Nedarb Nagrom ont élu domicile. La scène underground est très éclatée géographiquement. Les connexions se font beaucoup par internet mais, comme il le déclare lui-même le réseau des réseaux ne remplacera jamais une rencontre physique, et il a besoin de voir les gens pour travailler avec eux. Ainsi il se déplace beaucoup pour rencontrer ses collègues musiciens et squatte à droite et à gauche, le temps d’une collaboration ou d’un concert.

L’épisode 3 d’Underground Rising était consacré à Lil Peep mais il a été mystérieusement supprimé. Heureusement nos amis les russes en ont re-posté une version sous-titrée. On y croise également Itsoktocry, Yung Goth et Ghostemane.

Depuis son départ du Schemaposse il semble s’être complètement débarrassé de l’idée de diffuser sa musique de quelque façon que ce soit. Tant qu’il était entouré par le sombre posse de Jgrxxn, ses projets étaient systématiquement mis en vente sur Bandcamp. Désormais, ils sont à peine jetés sur Soundcloud. Aux fans de se débrouiller pour ripper tout ça et le partager sur les réseaux. PEEP relaiera les liens sur son compte Twitter s’il n’est pas trop fatigué.

Au rayon de ses sorties les plus notables, on notera le sombre Live Forever, qui, avec ses sonorités très nineties, est une parfaite porte d’entrée dans la musique de LiL PEEP. Les morceaux sont tous très bons, et l’album est cohérent sur toute sa longueur. On signalera tout de même, comme points forts de l’album, la chanson au titre éponyme, Live Forever, et Flannel, basée sur un sample de The Cure.

« I know she love me cause she fuck me in her sports car »
— Lil Peep - Gym Class

Le EP de quatre titres California Girls avec son ami Nedarb Nagrom à la production est également une courte série de pépites. Les instrumentations très gritty, sensibles et vaporeuses du producteur moustachu le plus en vu de la scène underground, se marient à merveille avec les mélodies filtrées de Lil Peep.

Crybaby est à ce jour son projet le plus carré et semble recevoir un certain succès, les plus fanatiques se tatouant le logo de la pochette un peu partout sur le corps et partageant les photos sur les réseaux. Cet album est pourtant un peu trop "propret" et tend trop souvent à s’éloigner du rap pour se lancer pleinement dans la chanson, perdant ainsi la spécificité du chanteur/rappeur. Comme lorsqu’il s’essaye au rap pur, il rate la cible quand il veut jouer au chanteur. Finalement sa place est bien là, le cul entre deux chaises, à l’équilibre exact entre deux genres.

Cet équilibre (instable) est bien la particularité de LiL PEEP, espérons qu’il ne tombe pas trop ni d’un côté ni de l’autre car si son succès est pour l’instant uniquement underground, le rappeur a tout d’une star en devenir.


LiL PEEP - SiNGLES
À côté de ses albums digitaux, qu’ils soient payants (sur Bandcamp) ou lâchés gratuitement dans la nature, le jeune rappeur propose régulièrement des chansons de grande qualité au format single. Ces dernières sont souvent plus expérimentales que celles qui finissent dans ses albums et si la qualité du mix n’est pas toujours au rendez-vous, pour se consoler on va se dire que ça participe au charme de l’ensemble. Nous en avons réuni 18 parmi les plus notables dans une compilation à télécharger ci-après. Le tout forme très certainement son meilleur album.
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LiL PEEP - FEATURiNGS
Lorsqu’il est invité en featuring, le p’tit PEEP, avec ses refrains et mélodies immédiatement reconnaissables, fait partie de ces artistes qui volent systématiquement les morceaux sur lesquels ils sont invités. Nous avons réuni ici 18 de ses collaborations les plus notables. On le retrouve ainsi, partageant le micro avec, entre autre, Lil Tracy, Yung Goth, Bexey, P2/Goldma$k, OmenXIII, ou encore Slug Christ. En résulte une compilation de morceaux hétéroclites et souvent expérimentaux qui représentent bien la créativité de cette scène underground.
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