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Chroniques

Conway The Machine Reject 2

Too many guns, not enough drama

Dirt Noze, le 11 mars 2016

Retour sur un des albums les plus sous-estimé de 2015.

Article précédemment publié sur Foxylounge.com.

En 2015, deux frères originaires de Buffalo et aujourd’hui installés à Atlanta, Westside Gunn et Conway The Machine, perpétuent via le label Griselda Records l’esprit du gangsta rap new-yorkais des années 1990. Un rap de rue violent, sombre et gorgé de soul, comme le pratiquait à l’époque Nas ou Mobb Deep. La volonté des frangins est clairement de réconcilier la rue avec les sonorités de cette période, Westside Gunn se qualifie d’ailleurs lui-même de street backpacker.

Après deux excellentes mixtapes avec son frelot sorties courant 2015 (Griselda Ghost, et Hall & Nash) et la série des Hitler Wears Hermes de Westside Gunn, Conway sort à la toute fin de l’année 2015 Reject 2, son premier album.

Reject 2

Entièrement produit par l’excellent Daringer, Reject 2, qui fait suite à The Devil’s Reject, est d’une cohérence exemplaire et dégage, tout au long de ses dix pistes, une ambiance nocturne, sombre et désillusionnée, dont la moiteur nous renvoie aux ballades crépusculaires du film Taxi Driver. Sur ce support nostalgique, Conway crache des textes douloureux et sans espoirs. Son flow lent et désabusé sort de sa bouche tordue, presqu’à angle droit, une déformation probablement dû aux balles qu’il a reçu dans le cou, et dont il expose les cicatrices sur sa pochette.

I got too many guns, and not enough drama

Avec ce projet, Conway creuse clairement la brèche entamée par Roc Marciano (Marci Beaucoup), ou le duo Ka et Preservation (Dr. Yen Lo). En effet, on retrouve dans Reject 2 un flow désabusé, simple et sans emphase, sur des beats gorgés de soul des années 1970 et concoctés par un producteur unique. Tout comme les instrumentations de Preservation et Roc Marciano, celles de Daringer sont lentes, nocturnes et poisseuses, la rythmique y est simple et en retrait, voir pratiquement absente sur certains titres (Rex Ryan). Et il n’est pas rare qu’une note soit étirée en longueur, sur la totalité du morceau, comme pour suspendre le temps (Salute Me).

Quand on lance l’album, le premier titre, 1000 Corpse, avec ses gros coups de guitare, secs et lugubres, fait automatiquement penser à Dr. Yen Lo. Mais au fil des écoutes, l’aspect copycat disparaît peu à peu et l’album prend sa personnalité. La voix de Conway, avec son grain soul, est bien plus musicale et chaleureuse que celle de Ka. Le propos, et la musique, y sont bien plus directes. Ici pas de concept élaboré ou de métaphores à tiroirs, Conway pose juste ses tripes sur la table. Comme il expose ses cicatrices sur la pochette du disque, sans chichi.

De son côté, Westside Gunn sort aujourd’hui, le 11 mars 2016, Flygod, son premier album.


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